Cela fait un petit moment que je veux rédiger cet article pour vous montrer que c’est important de préparer un plan B, voir C… Parce qu’hélas on peut passer de l’Accouchement Accompagné à Domicile (AAD) à la césarienne en code rouge 🙁
Préparation prénatale
Pour ce 2e bébé, elle avait choisi d’accoucher chez elle et j’avais l’honneur d’être sa Doula.
Nous nous étions rencontrées la 1er fois chez moi. Elle cherchait une praticienne en soins énergétiques afin de tout mettre de son côté pour passer une belle grossesse. On a tout de suite bien sympatisé. Nous étions toutes deux heureuses de cette rencontre et que je sois sa Doula. Le futur papa n’était pas présent, mais ça arrive souvent que je les rencontre seulement le jour J 😉
Lors de son dernier trimestre de grossesse, elle me partagea que malheureusement le papa nous pourrait pas être présent et elle me demanda si j’acceptais de l’accompagner en cas de transfert en maternité.
Je lui ai partagé tout mon savoir pour gérer la douleur lors d’un stage d’Accompagnement Prénatal pour Un Accouchement Physiologique. On s’est focalisée sur l’AAD en premier. Puis nous avons évoqué la possibilité de transfert, sachant que différentes options restaient possibles : accoucher en maternité par voie basse sans péridurale, avec péridurale, et dans le pire cas la césarienne. Je lui ai demandé ce à quoi elle tenait vraiment, lui indiquant que je ferais tout pour préserver ses souhaits mais que je ne pouvais rien garantir car chaque maternité a ses protocoles, plus ou moins flexibles. Ne connaissant pas l’ouverture d’esprit vis-à-vis des Doulas là-bas, nous nous sommes mises d’accord pour dire que j’étais sa cousine.
Le jour J
De l’AAD…
Bébé s’est décidé à venir le jour d’Halloween !!!

[J’ai appris plus tard que ce jour présente de mauvaises statistiques en terme d’accouchements (beaucoup plus finissent en césarienne d’urgence). Et cette année 2025, 3 mamans de mon entourage ont d’ailleurs fait parti de ces statistiques.]
Elle nous a appelées un peu après midi, nous demandant d’attendre 14h pour venir, le temps que quelqu’un passe prendre sa fille de 7 ans. Tout se passait à merveille ! Elle gérait comme une cheffe la douleur, les contractions… Elle était à 6 cm et toujours le sourire. Il faut dire qu’elle gérait tellement bien qu’on ne savait même pas quand il y avait une contraction. La sage-femme finit par dire discrètement « C’est pas possible, elle n’est pas en travail. Je ne l’entends pas souffler. » Elle me demanda donc de chronométrer, et je dus demander à la maman de me prévenir quand la contraction commençait et quand elle se terminait, car rien ne paraissait… Elle était juste tellement sereine et bien préparée 😉 que ça allait bien, mais elle contractait tout de même toutes les 2 minutes environ.
A la tombée de la nuit, pour activer le travail, nous sommes parties nous promener dans le quartier. Là elle commença tout de même à souffler et devoir prendre des pauses dans la marche et la discussion.
A notre retour, le coeur de bébé était légèrement tachycarde : l’effet de la marche suivi de la montée des 3 escaliers ? On l’allongea pour qu’elle se repose 30 minutes. Mais le coeur resta tachycarde. Après consultation d’une consoeur, la sage-femme décida de la transférer à la maternité : elle ne savait pas ce qu’il y avait mais son instinct lui disait que quelque chose n’allait. On était juste à 5 minutes de l’hôpital, elle était toujours à 6 cm donc la sage-femme accepta que je l’emmène là-bas. Il n’y avait pas de risque qu’elle accouche dans ma voiture LOL
… au transfert à la maternité
Alors qu’on préparait toutes ses affaires et rangeait le reste, elle allat aux toilettes et nous appela… Il y avait un caillot de sang de la taille d’une prune. La sage-femme était au téléphone avec la maternité pour préparer le transfert. Je suis allée lui dire, elle pensa que c’était le bouchon muqueux. Puis un 2nd caillot. Je lui dis de venir voir : du sang coulait (heureusement légèrement) le long des cuisses de la maman. ACTIVATION !!! On allonge la maman, on la met sous oxygène, la sage-femme écoute le coeur de bébé et lui met le monitoring, en parallèle on appelle les pompiers, … Le coeur de bébé qui était bien descendu, remonte. On est rassurées mais on transfère. Aucune hésitation !

Je suis l’ambulance jusqu’aux urgences obstétriques. Les contractions sont devenues plus douloureuses (du fait du transport ? ou une autre raison ?). La sage-femme qui nous prend en charge est sympa. On lui réexplique tout. Elle fait un monitoring et regarde le saignement, qui continue, pas de façon catastrophique, mais quand même au point d’avoir rempli la grosse serviette hygiénique entre chez elle et l’arrivée à l’hôpital. La sage-femme est sereine, elle la laisse boire de l’eau et lui dit qu’elle va demander l’avis du médecin. La maman, elle, ne se rend pas compte de ce qu’il se passe et ne cesse de demander si elle va pouvoir aller dans la baignoire pour finir son travail jusqu’à la naissance. L’interne arrive et commence une échographie. Le titulaire ne tarde pas, et en 30s décide d’une césarienne en code rouge.
[Un code rouge signifie que l’équipe a 15 minutes pour sortir le bébé.]
… à la césurienne d’urgence
Là, ça a été chamboulant ! Je ne sais plus exactement combien ils étaient autour d’elle (gynécologues obstétriciens, sage-femmes, équipe anesthésistes, …). Je me suis écartée pour leur laisser la place. Elle m’avait donné le numéro du papa pour le tenir informé, ce que j’ai fait à chaque nouvelle information…
Pendant qu’une lui mettait la perfusion, une autre la sondait (car il y a un risque de perforer la vessie quand ils ouvrent l’abdomen donc en prévention, ils la vident) sans aucune anesthésie 🙁 Elle a hurlé en disant « en plus il y a une contraction en même temps ». J’avais mal pour elle et je ne pouvais même pas lui tenir la main. En peu de temps, je me suis retrouvée toute seule dans la salle d’accouchement.

Que fait la Doula lorsqu’on arrive au plan C ?
Dans cette situation précise, le papa ne pouvant être là, je l’ai tenu informé à chaque instant de ce qui se passait par WhatsApp.
J’étais moi-même inquiète car je m’attache aux mamans que j’accompagne, à ces familles. Alors imaginez le papa… S’il avait été présent, il aurait été aussi inquiet, mais là il était encore plus impuissant car loin.
A l’arrivée de bébé…
Rapidement la sage-femme est arrivée avec le bébé. J’ai envoyé une photo au papa et j’ai assisté aux 1er soins. J’ai même eu l’honneur (et pour la 1er fois de ma vie) de couper le cordon 🙂 Puis la sage-femme m’a demandé si je souhaitais faire du peau à peau ou si elle habillait la petite. Ca m’a paru tellement logique de faire ce peau à peau : sa naissance avait déjà été rapide, loin de la douceur prévue de l’AAD (j’ai d’ailleurs demandé s’ils avaient pu attendre un peu avant de la séparer de son placenta, et la sage-femme m’a expliqué qu’avec l’anesthésie générale, au contraire ils se dépêchent de les séparer afin d’éviter que le produit anesthésiant n’arrive au bébé). Je voulais lui apporter le meilleur en attendant sa maman. Qu’elle se sente entourée.
Enfin le chirurgien arriva et m’informa que la maman allait bien, qu’elle avait un placenta marginal (cela signifie qu’il était très proche du col donc avec l’ouverture de celui-ci une partie s’était décollée et saignait) et que dans les cas-là ils n’attendent pas de savoir si ça va tourner en hémorragie catastrophique. J’informais donc le papa. Je lui envoyais des photos et vidéos de sa fille posée sur moi.
… et de maman
Puis ils ramenèrent la maman du bloc, encore groguie par l’anesthésie et la morphine. Elle voulait prendre son bébé, mais l’anesthésiste la « secoua » en lui disant qu’elle aurait toute sa vie pour s’occuper de sa fille, qu’à cet instant elle devait penser d’abord à elle, à se reposer, … C’était vrai, mais tout de même dur. J’appela la sage-femme pour qu’elle m’aide à me lever avec les instruments branchés au bébé pour que je puisse la montrer à sa mère car celle-ci était tournée de l’autre côté.

Elle était très contente et pleine de gratitude que je sois restée à m’occuper du bébé. Et moi, j’étais rassurée et heureuse qu’elles aillent bien toutes les deux !
Je suis vraiment heureuse d’avoir pu les accompagner ainsi, avec tout mon Amour.
J’ai simplement cherché à amener le plus de douceur dans ce chaos.

